La plume dans la conquête du Mexique

Mémoire de Don Fernando d'Alva Ixtlilxochitl

Cruautés horribles des conquérants du Mexique, et des Indiens qui les aidèrent à soumettre cet empire à la couronne d’Espagne est un mémoire de Don Fernando d’Alva Ixtlilxochitl, historien mexicain du XVIe siècle qui pour rédiger son ouvrage s’est basé sur des renseignements provenant d’informateurs locaux ainsi que de codex indigènes. Il y rend compte de la conquête espagnole du Mexique au XVIe siècle.

Dans la note au bas de la page 1, l’auteur décrit le rôle des marchands et le rang qu’ils occupent au sein de la société.

p 105-108, lors de la description du pillage qui a lieu après le siège de Mexico, l’auteur raconte que si les Espagnols s’emparent au plus vite d’or et d’argent, ce sont des plumes et des pierres qu’emportent les indiens. Ce fait est intéressant car il souligne la différence culturelle de la notion de valeur chez ces deux peuples s’affrontant.

Place de la plume dans l’organisation économique de l’empire aztèque

Le Tianquiztli, la place du marché

Dans leur site réalisé dans le but d’un TPE  pour le bac, Axel Laurent, Nicolas Noirot, et Matthieu Levray ont voulu présenter comment une civilisation aussi puissante a pu disparaître en quelques années à cause d’une poignée d’hommes.

Ils abordent notamment la dimension économique et politique de cette civilisation en plusieurs points: l’agriculture, le commerce, le système de paiement, le transport des marchandises, et l’organisation socio-politique aztèque.


Provinces de l'Empire Aztèque au XVI siècle
In : Circulation of feather in Mesoamerica, Frances Barden

Le rôle des tlacuilo est central au sein de la machine économique du bassin mexicain, ou les inventaires sont indispensables :

  • A la page 179 de l’article  Les écritures mésoaméricaines (aztèque et maya) : orientations actuelles de la recherche, de MarcThouvenot ( CELIA ) et Jean-Michel Hoppan, ingénieur d’Etudes au CNRS, IE 2, in Comptes-rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 150e année, N. 1, 2006. pp. 175-208, numérisé par Persée :                                                                                                     il apparait qu’environ 40 % des codex mexicas disponibles sont de type administratif, ce qui représente quasiment la majorité du corpus sachant que le restant se répartit en 3 autres grands thèmes.  Preuve que la gestion de l’Empire était complexe et ne laissait rien au hasard.

La plume est un élément de haute valeur dans le système économique aztèque : monnaie d’échange, objet de beaux présents, matière première des amantecas, attribut divin, parure royale et  insigne militaire. C’est pourquoi elle va rapidement devenir l’objet d’un commerce actif entretenu par des conquêtes territoriales toujours plu poussées.

On dispose de deux principales sources documentaires au sujet de l’administration des denrées :

  • La Matrícula de tributos ( Liste des tributs, chaque feuillet concernant une province ) parfois appelée codex Moctezuma et probablement réalisée après la Conquista, consigne en écriture pictographique les tributs versés par les villes soumises à Mexico-Tenochtitlan, le centre de la Triple Alliance entre Mexico, Tetzcoco et Tacuba au cours de la période précédant la conquête du Mexique par les Espagnols, numérisée intégralement par la Banque Numérique Mondiale.

Matricula de tributo, feuillet 7 : sont visibles les costumes aux décors de plumes destinés aux différents corps de la caste guerrière.
La plume noire fichée au dessus des récipients près de la ruche à gauche représente de nombre 400 ( voir l'article '' La plume dans le langage nahuatl '' )

  • Le détail de la Matricula est analysé et traduit en anglais par le site de Mesolore, outil de recherche et d’enseignement créé par Liza Bakewell  ( Liza Bakewell écrivain et anthropologue, directeur du Projet Mesolore et professeur – assistant de Recherches au Center for Latin American Studies, Brown University ) et Byron Hamann ( doctorant au département d’Histoire et Anthropologie à l’ Université de Chicago ), développé à la Brown University en collaboration avec Prolarti Enterprises, LLC, en utilisant les fonds en provenance de la National Science Foundation, le National Endowment for the Humanities, la Davis Educational Foundation et la Ford Foundation.                                                                                 Les auteurs comptent 5 provinces centrales délivrant chacune annuellement 8 styles différents d’uniformes militaires ( soit au total entre 46 et 103 costumes ), 5 provinces de l’ouest du Bassin délivrant 4 à 5 types d’uniformes ( total : 42 à 62 habits ), suivies des 7 provinces du sud avec 1 à 2 types de costumes ( total : 1 à 2 habits ) et des 5 provinces de l’est ( 1 à 2 habits au maximum  : ces variations dans la production de chaque province provenaient du fait que les uniformes étaient recouverts de plumes, et qu’il fallait par conséquent s’en procurer en puisant dans la faune locale.                                                                                                                 La plupart des oiseaux convoités pour leur livrée vivaient sur la côte Pacifique ou la côte des Caraïbes, ou encore dans les forêts pluviales du Guatemala situées loin dans les terres du sud.                                                                                              Ainsi, les provinces défavorisées en matière première étaient obligées d’acquérir les plumes au préalable  auprès des pochtecas, ce qui générait une division symbolique entre provinces qui allait au delà de leur habileté manufacturière.

Perroquet à tête jaune d'Amazonie

  • le Codex colonial Mendoza  décrivant les conquêtes des dirigeants aztèques et les tributs qui leur étaient versés, mis en ligne sur le site Chronofus.net.


Codex Mendoza
Les faisceaux de plumes brutes, non travaillées, faisaient partie des tributs, ainsi que les oiseaux. Là encore, la plume noire fichée à leur sommet indique leur nombre par paquet : 400.

  • L’article  La monnaie chez les Aztèques, de Jacqueline de Durant – Forest –  Jacqueline Durand-Forest,  Docteur ès Lettres et directeur de recherche au CNRS, spécialiste des chroniqueurs indigènes et de l’artisanat aztèque, a enseigné la langue et la civilisation nahuatl à l’EHESS et à l’Université de Paris-VIII – in, Le livre monnaies et para – monnaie dans les sociétés non – industrielles de Giovanni Busino – professeur honoraire à l’Institut d’Anthropologie et de Sociologie de l’Université de Lausanne, également directeur de la Revue Européenne des Sciences Sociales et Vilfredo Pareto, sociologue et économiste italien – in Revue Européenne des Sciences Sociales, n°21, année 1970, publiée par la Librairie Droz, numérisée partiellement par Google Books.                                                                  P. 235 l’auteur , citant  le manuscrit Histoire des Indes de Nouvelle Espagne et des Îles de la Terre Ferme –  appelé aussi Codex Duràn  [ rédigé par  Diego Duràn  ( Espagne vers 1537 — 1588)  missionnaire dominicain et historien espagnol ayant vécu en Nouvelle Espagne, traduit de l’espagnol, annoté et présenté par Doris Heyden, spécialiste de la Méso-Amérique, en particulier des civilisation du Mexique central, co – fondatrice du cercle Mexican Renaissance; vol.210 de la coll. : The civilization of the  American Indian series  , publié par University of the Oklahoma Press, numérisé intégralement par Google Books ] – indique que la plume était une monnaie d’échanges contre des pierres précieuses ou des bijoux entre commerçants; p. 240 qu’elle était offerte comme présent de prestige. La publication de la liste des denrées présentes sur le marché de Tenochtitlan d’après le codex de la collection Goupil – Aubin confirme la présence de yhui namaco, vendeurs de plumes.
  • Le compte – rendu de André Allix, géologue, au sujet de l’ouvrage de Jacques Soustelle La vie quotidienne des Aztèques à la veille de la conquête espagnole, in Revue de géographie de Lyon, 1958, vol. 33, n° 1, pp. 82-85, numérisé par Persée. P.84 l’auteur reprend les propos de Soustelle écrit que " les pensions, les traitements, les faveurs, les fortunes sont en pierreries, en plumes précieuses [ ... ] dans les hautes sphères mais surtout, sinon totalement, en réserves de marchandises [ ... ] ".


Inventaire des marchandises : la représentation de la plume comparait dans 2 cadres sur 4
Codex Florentinus

  • Le livre en anglais The Aztecs : new perspectives de Dirk R. Van Tuerenhout, anthropologue à la Tulane University, responsable des collections du musée de Houston, publié par ABC – CLIO , 2005, et numérisé partiellement par Google Books.                                                                                                                       L’auteur classe la production de la plumasserie dans la catégorie économique de production à temps complet par rapport à celle à temps partiel de l’agave ou du coton.

Provenance des tribut de Macao rouge versés aux Mexicas . Plan établit à partir des données contenues dans l'ouvrage "Aztec Imperial Strategies (Michael E. Smith and Frances F. Berdan, eds.): 324. 1996 reproduit avec la permission de Dumbarton Oaks Research Library and Collections.

  • L’article en anglais Circulation of Feathers in Mesoamerica de Frances Berdan, anthropologue, paru dans Nuevo Mundo Mundos Nuevos Colloques : Feather Creations. Materials, Production and Circulation. New York, Hispanic Society-Institute of Fine Arts 17-19/06/2004, numérisé par Revues.org.                                   A partir de Matrícula de tributos et du codex Mendoza, mais également de la Historia general de la cosas de nueva España  du frère Bernardino de Sahagún, (1500 – 1590 ), missionnaire  franciscain, [  texte en espagnol présenté et annoté par Carlos Maria de Bustamante (1774 – 1848 )  -  juriste, indépendantiste, historien et politicien mexicain -  1829, éditions de Alejandro Valdes, Mexico, vol. 1, numérisé intégralement par Google Books ] et d’autres sources documentaires , l’auteur précise que la plume avait , outre ses fonctions de prestige un emploi pragmatique dans la fabrication des flèches ou dans la pharmacopée. Les espèces principales y sont présentées, ainsi que les lieux géographique de leur provenance et les routes commerciales empruntées par les plumes. Suivant Sahagún, l’auteur estime l’arrivée de la plume – tribut dans la vallée de Mexico à l’époque du règne de Ahuitzotl, après une longue campagne militaire ou suite à des accords entre cités, voire entre cultures différentes comme les Mayas ou la cité de Cacaxtla ( voir la fresque à l’article  Rites de régénération ).                                                             Berdan considère qu’il existait plusieurs niveaux hiérarchiques entre commerçants, status établit par la plume elle – même selon deux références,  valeur et provenance :  les plus prisées étaient l’affaire exclusive des pochteca.                                 L’auteur suggère également que la pratique exponentielle des guerres fleuries aurait " boosté " le commerce de la plume.

Route des échanges longue - distance sur le territoire contrôlé par la Triple Alliance
In : Circulation of feather in Mesoamerica, Frances Berdan

  • L’article en anglais en format Pdf The Aztecs : a tributary empire de D. K. Jordan , anthropologue à l’université de Chicago, publié en 2008 sur le site de l’université de San Diego destiné aux étudiants des cursus, avec un lexique fourni en fin de texte. P.22 l’auteur liste les tributs mentionnés dans le Codex Mendoza : il apparait que les plumes pouvaient être livrées dans des sacs "prêtes à l’emploi " en quelque sorte –  en de très grandes quantités ( 30.000 sacs ) – ou attachées à la peau d’oiseaux écorchés.

Oropendula de Montezuma ( toztli ) ( Psarocolius montezuma )

Cependant il existait une production de plumes à Tenochtitlan même, dans de grands établissements d’élevage d’oiseaux.

  • Le manuscrit en espagnol  Historia verdadera de la conquista de la Nueva España, relatant les mémoiresde Bernal Díaz del Castillo, compagnon de Cortés lors de la Conquista, numérisé sur le site de la fondation La Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes ( projet développé par l’université de Alicante ) . Castillo décrit au chapitre XCI le " palais des oiseaux " de la capitale aztèque entretenu par un personnel chargé de prélever régulièrement les plumes des animaux en captivité. Le conquistador relate également l’existence " d’étoffes ornées de plumes provenant journellement de la province et des villages situés vers la partie nord des côtes de la Vera Cruz, appelée Costatlan ".

En effet, les manteaux de plumes faisaient partie des principaux articles de tribut avec les vêtements de coton, les vases et les plats d’or etc. (p.31)

Ensuite, la plume appartenait aux symboles arithmétiques et son image était donc nécessaire ne serait-ce que pour compter. (p. 87-88)

La plume à Teotihuacan

Teotihuacan

La cité de Teotihuacan, qui en nahuatl signifie "Le lieu où naissent les Dieux", était une importante cité de la vallée de Mexico, contenant certaines des plus grandes pyramides méso-américaines jamais construites en Amérique précolombienne.
Sans doute été construite aux environs de 200 av. J-C, et habitée jusqu’à sa chute entre les VIe et VIIe siècles, elle connu son apogée dans la première moitié du Ier millénaire, à l’Époque classique, et était alors la plus grande ville de toute l’Amérique précolombienne. À ce moment, elle pourrait avoir compté plus de 200 000 habitants, ce qui la plaçait à l’époque parmi les plus grandes villes du monde.
Son influence en Mésoamérique est bien documentée ; la preuve de l’existence de la civilisation de Teotihuacan, au moins par sa puissance politique et économique, peut être constatée dans de nombreux sites de l’État de Veracruz et de la région maya.

Le dossier de l’exposition Teotihuacan, Cité des Dieux, organisé du 06/10/09 au 24/01/2010 par le Musée du Quai Branly et dirigé par Stéphane Martin, est un document destiné aux enseignants qui aborde tous les aspects de la vie de cette prestigieuse civilisation. Le rôle de la plume y est évoqué dans plusieurs domaines tels que politique et commercial (p.9), élément de distinction du statut religieux (p.10), ou expression artistique du sacré (p.16)