Héritage du quetzal

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno ) . Les plumes caudales étaient tout particulièrement prisées des Aztèques: partie constitutive des attributs des dieux et et des tlatoani, leur commerce alimentait un secteur économique prospère soutenu par des échanges et des tributs. Elles possédaient également une valeur monétaire.

 

Les plumes du quetzal étaient estimées dans les cultures plus anciennes de la  Mésoamérique telles que celle des Mayas de l’époque classique et la civilisation de Teotihuacan.

  • Le livre en anglais The Aztecs, de Michael Ernest Smith – professeur d’Anthropologie à la School of Human Evolution and Social Change ( ancien département Anthropologie) à la  Arizona State University – publié chez John Wiley & Sons, 2003, partiellement numérisé par Google Books.                                         Page 94 l’auteur revient sur cet héritage de l‘imago du quetzal, l’un des liens cruciaux au passé qui influenceront la société mixteca et la légitimeront territorialement et politiquement.

Quetzal resplendissant (Pharomachrus mocinno ) des forêts humides du Mexique

Publicités

Fondation

 

L’épopée légendaire du peuple mexica est le récit d’une migration mystique menée par la figure du dieu tribal Huitzilopochtli,

Huitzilopochtli codex Telleriano Remensis, page 5, BNF

 » le colibri venu de la gauche « , chef et guide spirituel de la nation qui reçoit plusieurs visions de la terre promise.

Il existe deux versions de l’apparition de Uitzilopochtli ( ou Huitzilopochtli ) toutes deux évoquant la venue au monde du dieu grâce à une boule de duvet fécondée tombée du ciel ( « pelotilla de pluma », Sahagún ) :

  • Celle recueillie par le frère Bernardino de Sahagún, (1500 – 1590 ), missionnaire  franciscain dans la Historia general de la cosas de nueva España, pp.235 à 237, tome 1, livre 3 chapitre 1, texte en espagnol présenté et annoté par Carlos Maria de Bustamante (1774 – 1848 )  –  juriste, indépendantiste, historien et politicien mexicain –  1829, éditions de Alejandro Valdes, Mexico, vol. 1, numérisé intégralement par Google Books.
  • celle décrite dans l’Historia de los Mexicanos por sus pinturas, auteur anonyme, vers 1530, chap. 11, traduit en anglais et publié par Henry Phillips Jr. ( 1838  – 1895 ) – archéologue et numismate, secrétaire général de la Numismatic and Antiquarian Society of Philadelphia et de l’ American Philosophical Society – après lecture de l’American Philosophical Society, octobre 1883, publié en totalité sur le site de la FAMSI par Alec Christensen.
  • L’extrait de la p.344 de L’origine des Aztèques, de Christian Duverger, seuil, 1983, numérisé sur Google Books.                                                                                           L’auteur met en évidence le fait que les oiseaux – leurs plumes précieuses –  sont une part constitutive de l’image de la terre promise dans la sémiologie nahuatl, en citant le texte de la Crónica mexicáyotl .
  • La page 30 de l’œuvre de la Crónica mexicáyotl, texte en nahuatl avec traduction en espagnol, écrit à la fin du XVI siècle par Fernando ou Hernando (de) Alvarado Tezozómoc (vers 1525-1530 – après 1609) , chroniqueur indigène mexicain, arrière-petit-fils de l’empereur aztèque Axayacatl par son père et le petit-fils de Moctezuma II par sa mère, publication de l’Universidad national autónoma de México, 1998  ( 3ème édition ), partiellement numérisé par Google Books.                                                                                                                        L’auteur y rapporte la harangue de Huitzilopochtli faite à son peuple pendant la migration, leur décrivant la terre promise comme le lieu où se trouvent toutes sortes de  » plumes précieuses […] xiuhtototl, […] tzinitzcan  » .

 

Trogon masqué ou Tzinitzcan ( trogon personatus )

 

  • Le récit Historia de las Indias de Nueva – España y islas de tierra firme de Diego Durán ( 1537 -1588 ), missionnaire dominicain et historien espagnol ayant vécu en Nouvelle Espagne au XVI siècle,  texte intégral en espagnol annoté et complété par José Ramirez, publié par les éditions J.M. Andrade y F. Escalante, 1867, en téléchargement sur Google Books.                                                                              Au chap.5, p.39, Durán décrit également le contenu de la vision de Tenochtitlan comme le lieu où se trouve de nombreuses plumas associées à d’autres objets précieux.
  • Le Codex Ramírez (également connu comme le codex Tovar) XVI siècle, époque post -coloniale intitulé originellement Relación del origen de los indios que hábitan esta Nueva España según sus Historias, décrit la deuxième vision de Huitzilopochtli – celle localisant la cité – de manière différente par rapport à la version vulgarisée de l’aigle posé sur un cactus tenant un serpent dans ses serres.                                   Les feuillets sont numérisés intégralement et mis à la disposition du public sur le site de la John Carter Brown Library, Brown University, à la page d’archives des images  de l’ancienne Amérique .                                                                           Selon Christian Duverger, dans L’origine des Aztèques,op. cit.  p.113, dont l’extrait est numérisé sur Google Books,  ce document parle d’un aigle qui  » se nourrit des plus délicats oiseaux  » au sommet d’un cactus entouré d’une  » […] quantité de plumes vertes, bleues, rouges, jaunes et blanches; ce sont les plumes des oiseaux précieux dont se nourrit cet aigle  » . L’aigle lui – même est décrit comme ayant un ramage  » de plumes précieuses et resplendissantes »où se trouve un tunal ( figuier de barbarie ) et tout autour «  […] une grande quantité de plumes vertes, bleues, rouges, jaunes et blanches des oiseaux précieux dont se nourrit ( un ) aigle […] ».
  • La même description se retrouve dans la Crónica mexicáyotl ( voir plus haut ), dont le passage est cité à la page 15 de l’ouvrage Aztecs : an interpretation , de Inga Clendinnen,  professeur émérite d’ Histoire à La Trobe University, Melbourne, publié par Cambridge University Press, 1995, partiellement digitalisé par Google Books.   Le texte dit :  » ( et ils virent que , NdT)  […] son nid […] était constitué de toutes sortes de plumes précieuses… ».
Codex Ramirez – planche 4a.
El Tunal con el Aguila que hallaron en la laguna
JCB Archive of Early American

Mythes des origines

INTRODUCTION

Les Mexicas, peuple de nomades venus du nord, ont des origines incertaines. Derniers arrivés dans la plaine fertile de la vallée de Mexico au XIII siècle au terme d’une longue migration, ils s’imposent d’emblée par la force auprès des populations locales sédentarisées. La stratégie d’hégémonie aztèque s’appuie sur des fondements mythologiques empreintés à l’écheveau des traditions des grandes civilisations mésoaméricaines olmèques et toltèques éteintes à l’époque classique, dont ils se revendiquent les seuls héritiers. De ce fait, la religion mexica est affaire d’une légitimation identitaire complexe, puisqu’elle entremêle à la tradition de l’épopée mystique de ses propres origines un panthéon archaïque composé de divinités et d’attributs autochtones préexistants à sa genèse.

Elle est aussi affaire politique, car cet héritage désigne également les Aztèques en tant que  »peuple élu  », leur assignant la tâche écrasante de garantir la bonne marche de l’univers par la systématisation des rituels et des offrandes nourricières aux divinités, par la pratique des guerres fleuries et des sacrifices.

  • L’extrait de la p.47 du livre Histoire de la littérature Nahuatl: sources, identités, représentations, écrit par Amos Segala, directeur de Recherche Emérite au CNRS et directeur international du Programme « Séminaires internationaux Archivos », publié aux éditions Bulzoni editore, 1989 , partiellement disponible sur Google books.                                                                                                                           Selon l’auteur Huitzilopochtli, dieu tribal aztèque, serait la fusion symbolique des Mexicas avec le peuple toltèque sédentarisé.


Colibri ou Huitzilin

  •  La Chronique de Sabine Mund, directrice du département Art belge, moderne et contemporain chez Pierre Bergé & Associates, ancienne rédactrice en chef de la revue Arts Antiques Auctions, diplômée en histoire de l’art à l’Université Libre de Bruxelles, 2000, vol. 78, n° 2, pp. 644-645, numérisée par Persée – au sujet du livre Le grand temple de Mexico, du mythe à la réalité : l’histoire des Aztèques entre 1325 et 1521, écrit par Daniel Lévine, Professeur à l’Université de Paris Sorbonne, titulaire de la chaire d’archéologie des civilisations de l’Amérique préhispanique (1998), conseiller scientifique pour l’archéologie et les Instituts Français de Recherche à l’Etranger au ministère de la recherche (Direction de la Recherche SHS) depuis 2003, in Revue belge de philologie et d’histoire, Paris, éditions Artcom’ 1997.                                Dans cette chronique Sabine Mund explicite le propos du professeur Lévine de mettre en évidence la volonté des Aztèques  » d’enraciner leur histoire dans un passé  » préexistant.
  • L’article numérisé par Persée Le Serpent à plumes, des Olmèques à Teotihuacán, co écrit par Jean-Claude Delhalle, membre du personnel technique de l’Université, auteur de nombreux ouvrages sur l’archéologie et l’histoire de l’art de la Méso-Amérique et Albert Luykx , membre de l’université de Liège in: Revue de l’histoire des religions, tome 199 n°2, 1982. pp. 123-124.                                         Les auteurs, en montrant la continuité de la pensée religieuse des Olmèques à Teotihuacan rappellent que le serpent à plumes est appelé Quetzalcoatl par les Aztèques, illustrant ainsi le processus d’assimilation des anciennes traditions par les Mexicas.
  •  Le rapport en anglais The emperors’ cloak: aztec pomp, toltec circumstances de Patricia Rieff Anawalt, anthropologue, membre de la John Simon Guggenheim Memorial Foundation, publié en format Pdf sur le site de Antonio de la Cova, professeur – assistant d’études sur le monde latino – américain, réunissant des ressources destinées aux chercheurs universitaires.
    Ce document offre un exemple concret de légitimation du pouvoir aztèque présenté comme l’héritier des traditions de l’âge d’or mexicain par la reprise des motifs des regalias toltèques pour la confection des manteaux des tlatoani.
  • Le texte en langue espagnole En torno a la noción de lo sagrado en la cosmovisión mesoamericana écrit par Felix Báez-Jorge, professeur en anthropologie sociale à l’université de Veracruz, docteur en ethno histoire et histoire contemporaine à l’université de País Vasco (Bilbao) et publié en juillet 2008 dans les Cuadernos de Trabajo de l’Instituto de Investigaciones Histórico-Sociales de l’université de Veracrux, n°31, disponible sur le site de l’Universidad Veracruzana en format Pdf.                                                                                                                               Ce document propose une réflexion appliquée au contexte mésoaméricain sur les mécanismes qui permettent à une société de s’auto définir et les enjeux politiques qui façonnent la mise en place de tout système religieux.

A propos de la guerre fleurie :

  • le texte la vie quotidienne des Aztèques à la veille de la conquête espagnole de Jacques Soustelle, ethnologue français, membre de l’Académie française, Hachette, p.123, cité dans Ecrits d’ailleurs, Georges Bataille et les ethnologues par Dominique Lecoq,chercheur au CNAM et Jean-Luc Lory, ethnologue au CNRS, directeur adjoint de la fondation  »Maison des sciences de l’Homme  », publié par le Centre coopératif de recherche et de diffusion en anthropologie (Fondation Maison des sciences de l’homme) ,  partiellement numérisé sur Google books.                                                                                                                           P. 48 Soustelle décrit les contraintes politico sociales de la xochiyaoyotl
  • L’article en espagnol  La historia según Chimalpahin de Rubén Romero Galván José, docteur en Ethnologie, Ecole des Hautes Etudes Sociales de París in : Journal de la Société des Américanistes. Tome 84-2, 1998. pp. 185-186, numérisé par Persée.                                                                                                                 L’auteur y présente la mise en place de la xochiyaoyotl sous les contraintes du système de croyances aztèques.

A L’ORIGINE ETAIT … LA PLUME

La plume est une composante fondatrice de l’épopée aztèque, elle en est le principe fécondant : sa portée sémiologique apparaît dès les origines de ce peuple venu d’Aztlàn, lieu mythique à la localisation perdue.

  • A la page 21 du 3ème chapitre du manuscrit Histoire des Indes de Nouvelle Espagne et des Îles de la Terre Ferme –  appelé aussi Codex Duràn – rédigé par  Diego Duràn  ( Espagne vers 1537 — 1588)  missionnaire dominicain et historien espagnol ayant vécu en Nouvelle Espagne, traduit de l’espagnol, annoté et présenté par Doris Heyden, spécialiste de la Méso-Amérique, en particulier des civilisation du Mexique central, co – fondatrice du cercle Mexican Renaissance; vol.210 de la coll. : The civilization of the  American Indian series  , publié par University of the Oklahoma Press, numérisé intégralement par Google Books.                                      Duràn, éminent nahualiste, traduit le mot Aztlàn par  » lieu des hérons  » dans le sens de  » lieu de la blancheur  » en référence à la couleur des plumes de cet oiseau.
  • L’extrait de L’origine des Aztèques, p.78 et p. 79 , de Christian Duverger mésoaméricaniste français, directeur du Centre de Recherche sur l’Amérique préhispanique (CRAP) et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il détient la chaire d’anthropologie sociale et culturelle de la Méso-Amérique, Éditions du Seuil, 1983, partiellement publié par Google Books.       L’auteur rappelle que l’étymologie du mot viendrait vraisemblablement de azatatl ( aigrette ), qui aurait donné l’adjectif aztac, soit  » de la couleur ( blanche ) des plumes de l’aigrette « .

Selon ces deux auteurs la pureté symbolique du lieu est ainsi évoquée par la qualité des plumes elles – mêmes.

Aigrette neigeuse du Mexique ( Egretta thula )