Rites de régénération

La société aztèque est éminemment religieuse. Il faut nourrir les dieux, les honorer, re – présenter les mythes fondateurs et leurs principaux intervenants afin de réactiver les énergies de la nature.
Dans cette logique mystique, la plume en tant qu’attribut divin et expression céleste de la vie et du soleil est nécessairement investie pour être un accessoire cérémoniel de premier ordre ainsi qu’une offrande précieuse.

Voici :

  • Une vidéo en anglais, The aztec empire 2/5, ajoutée le 14 septembre 2008 par Documentales Mexico sur You Tube.                                                                           Le documentaire sur la société aztèque précortesienne introduit sans exploitation du sensationnel aux rites sacrificiels aztèques ( à 5mn 50 du début ).

  • Le livre en espagnol Dioses prehispánicos de México: mitos y deidades del panteón náhuatl  par Adela Fernández, cinéaste écrivain mexicaine, publé par Panorama Editorial en 1992, partiellement numérisé par Google Books.                                     L’offrande de la plume est présente dans le texte concernant la création du cinquième soleil dans  la Leyenda de los solesl’une des trois parties composant le Codex Chimalpopoca ( numérisé en nahuatl par Les Editions Sup-Infor qui publient des textes et sources en diverses langues amérindiennes ) , document indigène colonial qui figure officiellement dans la Colección Antigua de l’Archivo Histórico de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire à Mexico sous le numéro 159 ( dont la digitalisation est en projet par la Wired Humanities Projects de l’université de l’Oregon, ISA) . La Leyenda narre la réunion des dieux à Teotihuacan  afin de recréer un nouveau soleil, de l’immolation des deux dieux, Nanahuatzin le laid et Tecciztecatl l’orgueilleux, et des 4 jours de pénitence et d’offrandes de manquetzalli ( plumes précieuses ) qui ont précédé leur sacrifice.

Il s’agit de l’affrontement de la lumière et des ténèbres, du soleil contre les ombres de la nuit.

  • La p.16 du livre mitos aztecas y mayas, en espagnol, de Karl Taube, mésoaméricaniste américain, archéologue, épigraphiste et anthropologue, depuis 2006 professeur d’anthropologie au College of Humanities, Arts, and Social Sciences de l’Université de Californie à Riverside, publié par les éditions Akal, 1996, partiellement numérisé par Google Books.                                                         L’auteur y relate page 16 la création du soleil à Teotihuacan et à la page 17 l’importance de la conjoncture de la naissance de jumeaux – associés au dieu des difformités Xolotl, considérés comme des êtres malfaisants par les Aztèques et par conséquent sacrifiés à la naissance –  et le renouveau calendaire des forces cosmiques.

Les rituels de régénérations et les sacrifices étaient étroitement liés.

  • L’extrait de la page  29 du livre en anglais On rituals de Gunter Berghauss – lecteur au département de dramaturgie du Theatre History and Performance Studies , Université of Bristol, a publié des études au sujet de l’anthropologie du théâtre, des rituels, des performances d’avant – garde, du théâtre baroque et de la Renaissance – oeuvre publiée par les éditions Routledge, 1999, numérisée partiellement par Google Books. L’auteur indique ce rapport étroit entre sacrifice et renouvellement des forces cosmiques, car le sang était la substance la plus précieuse à offrir aux dieux.


Divinité accouchant ( grand carré du haut, à gauche )
Codex Borbonicus, feuillet 13

Le jeu de balle sacré – appelé tlachtli ou ollamaliztli – était un rite de représentation cosmogonique où les dieux présidaient aux affrontements. Lié aux cérémonies propitiatoires  selon la tradition aztèque , l’enjeu consistait à satisfaire les divinités en échange de pluies fertiles et d’abondance.

  • Le livre en italien Miti aztechi de Marcella Vasconi, professeur de Lettres à l’université Catholique de Milan, publié par Giunti editore en 2002.                                L’auteur revient  p.82 sur le mythe fondateur du rite du tlachtli , le défi entre Huemac, tlatohani de Tollan après Quetzalcoatl ( d’après le texte aztèque Anales de Cuauhtitlan l’une des trois parties composant le Codex Chimalpopoca , document indigène colonial qui figure officiellement dans la Colección Antigua de l’Archivo Histórico de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire à Mexico sous le numéro 159 : le matériel contenu dans les Anales à propos de Huemac à été consigné par Jaime Arredondo, professeur d’art et mythologie à la Parsons New School of Design, dans une page dédiée sur le site du webmaster Eric Rosenfield, ) et les dieux de la pluie. Huemac mit en jeu les plumes précieuse de quetzal et de même en firent les dieux; cependant ces derniers, perdants, essayèrent de tromper Huemac en remplaçant les quetzalli avec des feuilles de maïs. Huemac en fut fâché et se fit restituer à la place pierres précieuses et plumes. Pour punir son avidité les dieux menacèrent son peuple de famine.


Tlachtli aztèque
Codes Borgia, folio 45

  • L’article L’arbre interdit du paradis aztèque ,de  Michel Graulich, spécialiste des religions du Mexique ancien, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes (section des sciences religieuses) et professeur à l’université libre de Bruxelles,  in: Revue de l’histoire des religions, tome 207 n°1, 1990. pp. 31-64, numérisé par Persée.                                                                                                                L’auteur décrit à la page 56 le rite de Atamalcualitzli,  » la danse la plus solennelle  » de la nation aztèque, liée au renouveau de la nature, selon le manuscrit Histoire des Indes de Nouvelle Espagne et des Îles de la Terre Ferme –  appelé aussi Codex Duràn  [  rédigé par  Diego Duràn  ( Espagne vers 1537 — 1588)  missionnaire dominicain et historien espagnol ayant vécu en Nouvelle Espagne, traduit de l’espagnol, annoté et présenté par Doris Heyden, spécialiste de la Méso-Amérique, en particulier des civilisation du Mexique central, co – fondatrice du cercle Mexican Renaissance; vol.210 de la coll. : The civilization of the  American Indian series  , publié par University of the Oklahoma Press, numérisé intégralement par Google Books ].                                                                                                                        Ce rite – célébré dans le temple de Huitzilopochtli en l’honneur de Xochiquetzal (  » fleur – belle plume  » ) – organisait des danses exécutées par des enfants portant des costumes de plumes d’oiseau  » très bien ornés de plumes riches, vertes et bleues et rouges et jaunes  » ( Duràn, op.cit. ).

    Représentation de Xochiquetzal (Codex Ríos, recto du folio 14)

  • L’ouvrage en anglais Daily life of the Aztecs : people of the sun and earth, par David Carrasco – historien des religions du Mexique, professeur d’études Latino – américaines en collaboration avec le département d’Anthropologie de la faculté des Arts et Sciences à l’université de Harvard,  directeur du Moses Mesoamerican Archive and Research Project, créé par l’université du Colorado – en collaboration avec Scott Sessions, candidat au doctorat au département des Religions de l’université de Princeton. Livre publié par Greenwood Publishing Group en 1998 et partiellement numérisé par Google Books.                                                                    A la page 116 les auteurs décrivent le processus de transformation des jeunes prêtresses en incarnations de la déesse Cihuacoatl lors de la cérémonie sacrée du Quecholli, pendant laquelle les jeunes femmes portaient des plumes sur leurs jambes et leurs bras ainsi que les couleurs associées à la fertilité peintes sur leur visage.
  • Cihuacoatl ou Cihuateteo, Classic Veracruz , El Zapotal, Veracruz, Mexico, A.D. 600/900, terre cuite et pigment; 110 x 75 x 64 cm, Museo de Antropología de Xalapa, 49 P.J. 4033, Photograph © Michel Zabé, G34871

  • Le livre en italien, Il culto degli astri tra gli aztechi de Yólotl González Tórres, historienne mésoaméricaniste mexicaine spécialiste de la civilisation aztèque et d’anthropologie des religions. Elle est docteur en anthropologie et chercheur à la direction d’ethnologie et d’anthropologie sociale de l’INAH (Institut national d’anthropologie et d’histoire du Mexique), publié par Mimesis Edizioni, 2004. Dans le cadre des cultes rendus au Soleil, l’auteur rappelle que le Nahui Ollin était le jour de la fête de la  »maison Aigle  » le Quauhcalli, des guerriers – aigles dédiés à l’astre.


Le personnage porte les plumes blanches et noires de l'aigle, symbole du Soleil
Fresque tlaxcaltèque du site archéologique de Cacaxtla, musée d'anthropologie de Mexico 

 

 

 

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Mythes des origines

INTRODUCTION

Les Mexicas, peuple de nomades venus du nord, ont des origines incertaines. Derniers arrivés dans la plaine fertile de la vallée de Mexico au XIII siècle au terme d’une longue migration, ils s’imposent d’emblée par la force auprès des populations locales sédentarisées. La stratégie d’hégémonie aztèque s’appuie sur des fondements mythologiques empreintés à l’écheveau des traditions des grandes civilisations mésoaméricaines olmèques et toltèques éteintes à l’époque classique, dont ils se revendiquent les seuls héritiers. De ce fait, la religion mexica est affaire d’une légitimation identitaire complexe, puisqu’elle entremêle à la tradition de l’épopée mystique de ses propres origines un panthéon archaïque composé de divinités et d’attributs autochtones préexistants à sa genèse.

Elle est aussi affaire politique, car cet héritage désigne également les Aztèques en tant que  »peuple élu  », leur assignant la tâche écrasante de garantir la bonne marche de l’univers par la systématisation des rituels et des offrandes nourricières aux divinités, par la pratique des guerres fleuries et des sacrifices.

  • L’extrait de la p.47 du livre Histoire de la littérature Nahuatl: sources, identités, représentations, écrit par Amos Segala, directeur de Recherche Emérite au CNRS et directeur international du Programme « Séminaires internationaux Archivos », publié aux éditions Bulzoni editore, 1989 , partiellement disponible sur Google books.                                                                                                                           Selon l’auteur Huitzilopochtli, dieu tribal aztèque, serait la fusion symbolique des Mexicas avec le peuple toltèque sédentarisé.


Colibri ou Huitzilin

  •  La Chronique de Sabine Mund, directrice du département Art belge, moderne et contemporain chez Pierre Bergé & Associates, ancienne rédactrice en chef de la revue Arts Antiques Auctions, diplômée en histoire de l’art à l’Université Libre de Bruxelles, 2000, vol. 78, n° 2, pp. 644-645, numérisée par Persée – au sujet du livre Le grand temple de Mexico, du mythe à la réalité : l’histoire des Aztèques entre 1325 et 1521, écrit par Daniel Lévine, Professeur à l’Université de Paris Sorbonne, titulaire de la chaire d’archéologie des civilisations de l’Amérique préhispanique (1998), conseiller scientifique pour l’archéologie et les Instituts Français de Recherche à l’Etranger au ministère de la recherche (Direction de la Recherche SHS) depuis 2003, in Revue belge de philologie et d’histoire, Paris, éditions Artcom’ 1997.                                Dans cette chronique Sabine Mund explicite le propos du professeur Lévine de mettre en évidence la volonté des Aztèques  » d’enraciner leur histoire dans un passé  » préexistant.
  • L’article numérisé par Persée Le Serpent à plumes, des Olmèques à Teotihuacán, co écrit par Jean-Claude Delhalle, membre du personnel technique de l’Université, auteur de nombreux ouvrages sur l’archéologie et l’histoire de l’art de la Méso-Amérique et Albert Luykx , membre de l’université de Liège in: Revue de l’histoire des religions, tome 199 n°2, 1982. pp. 123-124.                                         Les auteurs, en montrant la continuité de la pensée religieuse des Olmèques à Teotihuacan rappellent que le serpent à plumes est appelé Quetzalcoatl par les Aztèques, illustrant ainsi le processus d’assimilation des anciennes traditions par les Mexicas.
  •  Le rapport en anglais The emperors’ cloak: aztec pomp, toltec circumstances de Patricia Rieff Anawalt, anthropologue, membre de la John Simon Guggenheim Memorial Foundation, publié en format Pdf sur le site de Antonio de la Cova, professeur – assistant d’études sur le monde latino – américain, réunissant des ressources destinées aux chercheurs universitaires.
    Ce document offre un exemple concret de légitimation du pouvoir aztèque présenté comme l’héritier des traditions de l’âge d’or mexicain par la reprise des motifs des regalias toltèques pour la confection des manteaux des tlatoani.
  • Le texte en langue espagnole En torno a la noción de lo sagrado en la cosmovisión mesoamericana écrit par Felix Báez-Jorge, professeur en anthropologie sociale à l’université de Veracruz, docteur en ethno histoire et histoire contemporaine à l’université de País Vasco (Bilbao) et publié en juillet 2008 dans les Cuadernos de Trabajo de l’Instituto de Investigaciones Histórico-Sociales de l’université de Veracrux, n°31, disponible sur le site de l’Universidad Veracruzana en format Pdf.                                                                                                                               Ce document propose une réflexion appliquée au contexte mésoaméricain sur les mécanismes qui permettent à une société de s’auto définir et les enjeux politiques qui façonnent la mise en place de tout système religieux.

A propos de la guerre fleurie :

  • le texte la vie quotidienne des Aztèques à la veille de la conquête espagnole de Jacques Soustelle, ethnologue français, membre de l’Académie française, Hachette, p.123, cité dans Ecrits d’ailleurs, Georges Bataille et les ethnologues par Dominique Lecoq,chercheur au CNAM et Jean-Luc Lory, ethnologue au CNRS, directeur adjoint de la fondation  »Maison des sciences de l’Homme  », publié par le Centre coopératif de recherche et de diffusion en anthropologie (Fondation Maison des sciences de l’homme) ,  partiellement numérisé sur Google books.                                                                                                                           P. 48 Soustelle décrit les contraintes politico sociales de la xochiyaoyotl
  • L’article en espagnol  La historia según Chimalpahin de Rubén Romero Galván José, docteur en Ethnologie, Ecole des Hautes Etudes Sociales de París in : Journal de la Société des Américanistes. Tome 84-2, 1998. pp. 185-186, numérisé par Persée.                                                                                                                 L’auteur y présente la mise en place de la xochiyaoyotl sous les contraintes du système de croyances aztèques.

A L’ORIGINE ETAIT … LA PLUME

La plume est une composante fondatrice de l’épopée aztèque, elle en est le principe fécondant : sa portée sémiologique apparaît dès les origines de ce peuple venu d’Aztlàn, lieu mythique à la localisation perdue.

  • A la page 21 du 3ème chapitre du manuscrit Histoire des Indes de Nouvelle Espagne et des Îles de la Terre Ferme –  appelé aussi Codex Duràn – rédigé par  Diego Duràn  ( Espagne vers 1537 — 1588)  missionnaire dominicain et historien espagnol ayant vécu en Nouvelle Espagne, traduit de l’espagnol, annoté et présenté par Doris Heyden, spécialiste de la Méso-Amérique, en particulier des civilisation du Mexique central, co – fondatrice du cercle Mexican Renaissance; vol.210 de la coll. : The civilization of the  American Indian series  , publié par University of the Oklahoma Press, numérisé intégralement par Google Books.                                      Duràn, éminent nahualiste, traduit le mot Aztlàn par  » lieu des hérons  » dans le sens de  » lieu de la blancheur  » en référence à la couleur des plumes de cet oiseau.
  • L’extrait de L’origine des Aztèques, p.78 et p. 79 , de Christian Duverger mésoaméricaniste français, directeur du Centre de Recherche sur l’Amérique préhispanique (CRAP) et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il détient la chaire d’anthropologie sociale et culturelle de la Méso-Amérique, Éditions du Seuil, 1983, partiellement publié par Google Books.       L’auteur rappelle que l’étymologie du mot viendrait vraisemblablement de azatatl ( aigrette ), qui aurait donné l’adjectif aztac, soit  » de la couleur ( blanche ) des plumes de l’aigrette « .

Selon ces deux auteurs la pureté symbolique du lieu est ainsi évoquée par la qualité des plumes elles – mêmes.

Aigrette neigeuse du Mexique ( Egretta thula )